L’Institut est aussi un agent mobilisateur d’expertises en fonction de demandes sociales spécifiques en matière de problématiques mémorielles, au profit des communautés et des décideurs. Chaque problématique mémorielle est un cas de figure susceptible d’être fléché vers les membres associés aptes et disponibles pour y répondre, dans le cadre d’une convention.

Les notions de « mémoire », de « patrimoine » et de « traumatisme » se sont imposées avec force dans le débat contemporain. Les pouvoirs publics et, d’une manière générale, les décideurs et les responsables d’institutions, sont confrontés à des questions mémorielles de plus en plus complexes et diversifiées. Parmi les plus importantes figurent celles liées à la nouvelle importance attribuée aux problématiques du colonialisme, de l’esclavagisme et des discriminations sociales en sens large, avec l’émergence de nouvelles sensibilités et revendications (par exemple la cancel culture), tant au sein de nos sociétés qu’à l’échelle globale. Les administrations de tout niveau sont appelées à prendre des décisions délicates, concernant notamment les statues et les monuments « contestés » présents dans l’espace public, mais aussi les commémorations, la législation mémorielle, ou encore les programmes d’études.

Une autre question de taille est représentée par l’impact provoqué par la reconversion économique de nombreuses régions européennes. La région liégeoise, en pleine transition entre phase industrielle et post-industrielle, en est un exemple. Les conséquences de ces transformations sur l’identité des communautés locales et sur le paysage urbain et extra-urbain posent de nombreux questionnements (qu’est-ce qui a une valeur patrimoniale ? Que conserver et comment ?), et exigent l’adoption de stratégies de concertation entre les pouvoirs publics et les communautés impliquées, qui sont porteuses de mémoire.

Deux autres questions mémorielles s’imposent aujourd’hui à l’attention des pouvoirs publics et des décideurs.ses en général. La première est la montée spectaculaire, en Europe comme ailleurs, de mouvements extrémistes et liberticides. Ces mouvements sont souvent ouvertement en polémique avec les paradigmes mémoriels élaborés après la Deuxième Guerre mondiale. Certains n’hésitent pas à relativiser ou à amoindrir les responsabilités des fascismes historiques, ou refusent de se prononcer clairement contre ces derniers. Les nouveaux défis auxquels sont confrontées les démocraties libérales doivent par conséquent être relevés aussi sur le terrain mémoriel. 

Enfin, l’actualité confirme à quel point les questions de mémoire habitent nos sociétés et jouent un rôle crucial dans les relations internationales. Notre époque est marquée par des replis identitaires et des conflits, mais elle assiste également à des renouveaux et à des enrichissements mémoriels mutuels et multidirectionnels. 

Dans le contexte que nous avons évoqué, le rôle de l’Institut est d’une importance sociétale évidente. Ses activités permettront notamment d’intégrer la recherche universitaire dans les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics dans la Belgique francophone pour réagir à l’essor de mouvements extrémistes et antidémocratiques. L’Institut rendra disponible son savoir-faire aux acteurs publics et associatifs « de terrain » engagés dans cet effort. Il s’agira en particulier :

  • De conseiller et accompagner ces institutions dans la conception et la mise en œuvre de projets
  • De fournir une évaluation de la réception des initiatives menées par ces organismes auprès des différents publics (résultats et efficacité pédagogique des campagnes de sensibilisation, des voyages de la mémoire, des expositions, etc.)
  • De signaler les questions mémorielles émergentes

D’une manière générale, les compétences rassemblées par l’Institut permettront d’en faire un fournisseur d’expertises et d’avis au service d’administrations locales, nationales et d’organismes internationaux. Il pourra notamment être consulté à propos :

  • De questions mémorielles sensibles ou controversées
  • De sujets mémoriels ayant une influence sur les relations diplomatiques et internationales
  • De problématiques dérivées de processus de réaménagement du territoire et de reconversion économique
  • De projets de valorisation du patrimoine matériel et immatériel
  • De traumatismes collectifs à l’issue de guerres, d’attentats, de crises sanitaires ou économiques, de dévastations du territoire ou du patrimoine culturel, de catastrophes naturelles, etc.
  • De questions éthiques dérivées de l’essor des mémoires

Enfin, l’Institut nouera des collaborations avec des opérateurs économiques privés, notamment pour le développement d’applications et de produits ayant trait par exemple au patrimoine culturel, à l’histoire et au tourisme mémoriel, un secteur en pleine croissance. 

updated on 11/9/25
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