Enjeux sociétaux
Au sein de nos sociétés, ces mêmes dynamiques d’agencement et de conflit concernent, d’une part, les mémoires « majoritaires » et, d’autre part, les mémoires issues de groupes ou de catégories traditionnellement sous-représentées ou discriminées. Les processus d’émancipation qui intéressent ces groupes et ces catégories sociales porteuses d’instances égalitaires et d’une demande d’élargissement des droits et des libertés individuelles (femmes, LGBTQIA+, personnes issues de minorités ethniques, membres de minorités religieuses, immigrés, etc.) se manifestent, aujourd’hui plus que jamais, par un spectaculaire jaillissement de mémoires multiples, parfois concurrentes, expression de revendications identitaires. Des phénomènes actuels, tels que le déboulonnage de statues, la critique à l’égard de figures et d’événements historiques traditionnellement considérés comme dignes d’être célébrés ou commémorés, ou encore la nouvelle importance attribuée à l’adoption d’un langage inclusif, ne sont que quelques reflets de l’émergence de mémoires liées à l’expérience de la discrimination, de l’oppression coloniale, et de la violence (physique, psychologique ou symbolique).
Analyser les enjeux de ces poussées mémorielles (mise en discussion de la « mémoire majoritaire » ou demande d’intégrer celle-ci) s’avère être une démarche nécessaire pour saisir la complexité des sociétés « plurielles » contemporaines et relever les défis de la diversité issus de l’accélération des processus de mondialisation et de globalisation. Ce n’est pas tout. La mise en valeur de mémoires locales ou des mémoires propres à certains acteurs sociaux favorise aussi l’adoption ou la négociation de politiques de conservation ou de reconversion de patrimoines — paysagers, architecturaux, archivistiques, symboliques, etc. — dans un esprit de respect des identités et des sensibilités impliquées.
